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Analyse critique de la gestion des déchets sauvages, des limites structurelles du recyclage et du ramassage « citoyen » (cas emblématique des mégots).

RÉSUMÉ

Les déchets sauvages représentent un fléau qui touche toutes les communes, Orvault compris. Le document suivant propose une analyse critique des approches actuelles de gestion de  ces déchets. Il montre en particulier les limites du recyclage comme solution centrale. Il remet également à sa place la collecte bénévole dite « citoyenne »: une solution ponctuelle, plus symbolique et pédagogique qu’efficace. Enfin, ce document souligne que les politiques publiques et les discours institutionnels tendent à faire reposer la responsabilité environnementale sur les comportements individuels (pratique du tri sélectif, du dépôt en déchetterie et de la « collecte citoyenne »),  tandis que la responsabilité des producteurs – dont les choix de conception, les modèles économiques et le marketing génèrent une grande partie des déchets – reste au contraire marginalisée. Sauvage ou pas, le déchet reste le produit d’un modèle économique qui se nourrit du « toujours plus », y compris « toujours plus de déchets ».

Dans un premier temps, ce document synthétique met en lumière les limites structurelles du recyclage : impossibilité technique et matérielle de recycler 100 % des déchets, inadéquation du recyclage face à des filières très productivistes, lourde empreinte énergétique de certaines filières de recyclage.

Dans un deuxième temps, le mégot de cigarette est étudié comme exemple emblématique : produit massivement, impossible à recycler à grande échelle, toxique et reposant sur un composant (le filtre) qui n’apporte aucun bénéfice sanitaire (cf. liens ci-dessous)

Au final, la réduction à la source apparaît comme le principal levier pour réduire les déchets sauvages, bien plus efficace que le simple ramassage ou même le développement des filières de recyclage même si elles restent nécessaires. Cette synthèse insiste sur la nécessité de politiques ambitieuses à l’égard des producteurs pour éviter la perpétuation d’un modèle où le citoyen devient le principal responsable apparent d’un problème structurel.

Introduction : un problème présenté comme individuel, mais enraciné dans la production

La problématique des déchets sur l’espace public est souvent analysée à travers le prisme du comportement individuel : incivilités, manque de sensibilisation, défaillance des gestes de tri. Cette approche, que l’on retrouve souvent au sein des acteurs du « ramassage citoyen » qui repose sur l’idée qu’une meilleure éducation ou plus d’infrastructures permettraient de résoudre l’essentiel du problème.

Cette vision comporte une part de vérité : les comportements individuels jouent un rôle, et certaines zones peuvent être fortement impactées par l’absence de mobilier urbain, d’accès au tri, ou par un effet « vitre brisée » où l’incivilité des uns alimente celle des autres. Cependant, cette approche individualisante masque un phénomène fondamental : la majorité des déchets, sauvages ou pas, provient de produits dont la conception, la distribution et la mise sur le marché relèvent d’acteurs industriels.

Le fardeau de la propreté publique, sans parler de l’impact environnemental, est ainsi transféré vers :

* les citoyens (responsabilisés, parfois culpabilisés),

* les collectivités locales (qui financent ramassage, traitement, verbalisation),

* les associations (qui organisent des collectes bénévoles).

Or, la réduction réelle des déchets sauvages dépend avant tout de la réduction de leur production en amont, c’est‑à‑dire de la manière dont les produits sont conçus (écoconception, obsolescence), mis en circulation et avant tout de la réflexion sur leur fonction de répondre à un réel besoin.

Le recyclage : une solution techniquement limitée et structurellement insuffisante

Le recyclage occupe une place importante dans les discours publics, mais il souffre de trois limites majeures dont il faut avoir conscience et qu’il faut prendre en compte.

1)      Limite n°1 : il est matériellement impossible de recycler 100 % des déchets

Le recyclage nécessite : des matériaux séparables, propres, des filières viables économiquement, des volumes stables et homogènes.

Or, de nombreux produits ne remplissent pas ces critères. Résultat :

* une partie non négligeable des déchets triés finit en incinération ou en enfouissement ;

* certains matériaux ne sont recyclables qu’un nombre limité de fois ;

* certains objets sont techniquement non recyclables.

Le modèle n’est donc pas circulaire, mais semi‑circulaire, avec des pertes constantes.

2)      Limite n°2 : dans tout secteur en croissance, le recyclage est condamné à rester en retard

Lorsque la production augmente, même légèrement :

* les volumes à traiter dépassent les capacités des filières,

* de nouvelles typologies de déchets apparaissent plus vite que les solutions (point faible du techno-solutionisme),

* les investissements dans le recyclage suivent avec des années de retard,

* certaines filières deviennent saturées.

Cela signifie que recycler dans un système qui produit toujours plus, c’est mécaniquement accumuler du retard.

Ce point est central : il met en lumière que le recyclage ne peut pas compenser un modèle productif basé sur le volume et le jetable.

3)      Limite n°3 : certaines filières sont énergivores, polluantes ou peu efficaces

Contrairement à une idée largement répandue, le recyclage n’est pas systématiquement l’option la plus favorable sur le plan écologique. Pour certains déchets complexes ou fortement souillés, les procédés de recyclage (collecte spécifique, lavages intensifs, traitements chimiques, transports multiples) peuvent générer des impacts énergétiques et environnementaux comparables, voire supérieurs à ceux de l’incinération avec valorisation énergétique. Plusieurs analyses de cycle de vie montrent ainsi que le bénéfice environnemental du recyclage devient faible, voire nul, lorsque les matériaux sont multicouches, dispersés au sein d’autres déchets, légers mais volumineux ou de faible qualité. C’est notamment le cas pour les films plastiques alimentaires (barquettes, opercules, sachets, emballages de chips, blisters) ou encore le mégot

Le mégot : exemple parfait des limites du recyclage et des angles morts de la responsabilité

Le mégot de cigarette constitue un cas particulièrement éclairant.

Un des déchets les plus abondants

Chaque année, des milliards de mégots sont jetés dans la nature et c’est l’un des premiers déchets retrouvés dans les milieux urbains et aquatiques.

Un produit intrinsèquement polluant

Le filtre contient de l’acétate de cellulose (plastique), des métaux lourds, des solvants, de la nicotine (toxiques pour le vivant) et bien d’autres substances toxiques et polluantes.

Un seul mégot peut polluer plus de 500 L d’eau.

Un filtre inutile… mais qui génère un volume massif et diffus de déchets

Les filtres ne protègent pas la santé des fumeurs : leur efficacité n’a jamais été démontrée scientifiquement. Ils servent essentiellement de support marketing (« cigarettes plus légères ») et à rendre la fumée plus douce. Ils sont donc inutiles, polluants et difficiles à recycler. Leur existence illustre donc parfaitement la responsabilité des industriels dans la création massive de ce déchet mais aussi l’inefficacité des politiques reposant uniquement sur les comportements individuels et enfin l’importance de la réduction à la source.

Le recyclage des mégots : marginal, énergivore et faiblement industrialisable

Les rares filières existantes (quelques PME spécialisées) collectent une faible fraction des mégots produits. Le modèle économique de ces PME ne leur permet pas de se développer, elles restent donc à l’état d’initiative personnelle très louable. Les process de dépollution utilisent par ailleurs des procédés chimiques lourds (bains alcalins, solvants organiques, agents de dépolymérisation) ou génèrent des déchets très polluants (résidus non recyclables, eaux usées hautement contaminées ou boues toxiques, fumées et filtre industriels contaminés) qui doivent être retraités ce qui ne fait que déplacer le problème. Elles génèrent des matériaux plastiques de faible valeur (réutilisation limitées) et ne sont pas capables de traiter les volumes massifs qui sont en circulation. Aussi, le principal mode actuel de revalorisation des mégots à grande échelle, comme les autres déchets polluants au demeurant, reste leur transformation industrielle en combustible alternatif aux énergies fossiles brutes (CSS) qui seront utilisés notamment par des industries fortement consommatrice d’énergie (ex. cimenteries) , maintenant malgré tout une certaine production de gaz à effet de serre et de polluants dans l’atmosphère.

Cela signifie que le recyclage des mégots n’est pas une solution à grande échelle, mais une réponse marginale.

La seule solution efficace : arrêter la production des filtres

Plusieurs organismes de santé publique (Lien 1 , Lien 2 , Lien 3 ) recommandent aujourd’hui l’interdiction pure et simple des filtres ou leur substitution par des matériaux réellement biodégradables mais sans supprimer l’aspect toxiques des cigarettes dans la nature. Techniquement réaliste, cette mesure supprimerait des milliards de déchets annuels, sans effort supplémentaire pour les collectivités et les fumeurs mais pas pour les industriels.

Conclusion : la réduction à la source comme levier principal

L’analyse croisée des déchets sauvages, des limites du recyclage et du cas des mégots conduit à une conclusion claire :

Le problème principal des déchets sur l’espace public n’est pas seulement comportemental, mais surtout structurel.

Tant que :

* les produits seront conçus pour être jetés rapidement,

* les volumes de production continueront d’augmenter,

* les filières de recyclage resteront en retrait,

* les industriels ne seront pas tenus pour responsables,

les politiques locales de sensibilisation ou de nettoyage resteront curatives, donc insuffisantes. C’est d’ailleurs ce que revendique la charte du réseau Zéro Déchet Sauvage où « Chaque membre du réseau s’engage à respecter un principe d’action reposant sur l’égale responsabilisation des deux acteurs majeurs du cycle du déchet qui sont le producteur et le consommateur. »

La réduction à la source constitue la seule stratégie réellement efficace et soutenable.

Cela implique :

* des décisions réglementaires fortes,

* des obligations pour les producteurs,

* des incitations à concevoir des produits durables, consignés, réutilisables et répondant à de réels besoins.

* une remise en cause du modèle du jetable.

Le cas du mégot montre clairement que certains déchets ne peuvent pas être traités efficacement par le recyclage. Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas.

Notre association Orvault Bouge dans le Bon Cens s’inscrit dans ces objectifs en profitant des nombreuses actions concrètes qu’elle mène auprès des citoyens pour les informer et les interroger sur nos modes de vies mais aussi les choix que nous avons à porter individuellement et collectivement pour répondre à ces enjeux environnementaux.